Hier nous sommes allés, Mininourson, Papapanda et moi, dans un bien joli petit parc près de chez nous. Pour y accéder, nous avons marché une petite demi-heure à travers les vignes, Mininourson (sur mon dos dans le mei tai) et moi à commenter le paysage, et Papapanda qui poussait la poussette (qui servait plutôt de caddie à ce moment précis).
C'était la première fois que nous allions dans ce parc. On y a découvert des animaux de la ferme, un coin potager, un labyrinthe et des aires de jeux. Les chiens y sont tenus en laisse et il n'y a pas de vélos. Un endroit parfait pour laisser vagabonder notre petit bout, qui nous suivait de quelques mètre, tout intéressé par ce qu'il croisait. Mais quelque chose est venue laisser un léger goût amer à cet agréable moment. Souvent, ou devrais-je dire, à chaque fois que je vais avec Mininourson quelque part où nous côtoyons d'autres parents avec leurs enfants, j'ai cette impression de malaise. Et pour me libérer un peu de ce malaise, voici quelques-uns des discours entendus de la bouche d'autres parents (pour les prénoms, j'invente complètement) :

 

  • Une petite Anaïs (environ 20 mois) qui vient jouer gentiment à coté de Mininourson : "Anaïs attention je te surveille hein ! Tu ne le tapes pas ! (puis s'adressant aux parents présents) Non parce que je la connais hein... Anaïs attention je te dis hein ! Je te vois ! (la petite continuait de jouer tranquillement en regardant sa mère, puis la mère s'adressant de nouveau aux parents) Bon là ça va, elle ne fait rien, mais d'habitude elle a la main leste !" (et une autre maman de reprendre) "Ha ben oui ma fille aussi, ça doit être les filles qui sont comme ça, hahaha !"

 

  • Une petit Zoé (peut-être 3 ans) passe par une ouverture (qui ressemblait à un bar) de la petite maisonnette de jeu, ce genre de maisonnette qui, à mon sens, sont faites pour être traversées de long en large par les enfants... bref, la mère accourt : "Zoé ça va pas ! On sort pas par là, il y a une porte pour ça ! Tu vas tomber ! Tu remontes ! (Zoé était presque descendue, impossible pour elle de remonter, sa mère a dû le comprendre et a continué) Ben ok, descend, mais si tu tombes tu viendras pas pleurer ! (la petite s'en est sortie comme un chef, malgré une forte hésitation lorsque sa mère est venue la "perturber")

 

  • Une petite Cloé (18 mois je pense, sœur de Zoé) semble intéressée pour monter le toboggan à l'envers, sa maman la rattrape, la tire violemment par le bras "NON tu montes pas !" la petite se débat, elle se fait tirer un peu plus violemment "Arrête !" puis se laisse tomber, la mère tente de la soulever par les 2 bras "Debout !!!", la petite se fait plus lourde, la mère la lâche d'un seul coup "ok ben je te lâche !" Cloé tombe les fesses dans les cailloux puis bascule la tête en arrière, elle pleure) Et ben voilà !!!" (la petite a eu droit à un câlin ensuite...ouf)

 

  • Julie (23 mois) tente de jouer avec les jouets d'une autre petite fille, sa mère l'interpelle : "Julie tu laisses les jouets c'est pas à toi ! (les jouets sont finalement prêtés par l'autre maman, Julie tente de revenir vers sa mère, restée assise à quelques mètres) Julie tu restes jouer à coté de la petite fille, Julie tu dis merci à la petite fille, Julie demande comment elle s'appelle la petite fille, Julie NON pas ce jouet-là, Julie joue avec la petite fille !


Voilà, quelques exemples de cet après-midi. Des situations et des réactions que je retrouve souvent. Suis-je la seule à penser que ses enfants manquent d'écoute et d'explications, de parents qui "osent" se déplacer ailleurs que sur leur banc et se mettre à leur hauteur ? Suis-je la seule à trouver de la violence physique dans le fait de tirer rapidement un enfant par le bras pour qu'il recule, et de la violence morale à juger une autre enfant en lui collant son étiquette de "frappeuse" devant toute une assemblée de parents et d'enfants ? D'ailleurs Isabelle Filioza aborde le thème du jugement de nos enfants dans son livre J'ai tout essayé (que j'ai enfin lu !). C'est un livre facile à lire, qui comporte beaucoup de situations illustrées par Anouk Dubois et des petits textes simples, à la portée de tous les lecteurs. Voici un article de Maybeegreen paru sur les Vendredis Intello qui aborde justement le sujet de ces étiquettes que l'on colle à nos enfants.

Comment agir face à ces comportements qui sont loin d'être ce vers quoi nous tendons dans les choix éducatifs que nous faisons à la maison, lorsque les parents cherchent visiblement à créer une complicité de vécu avec moi ? J'ai parfois l'impression que beaucoup de ces parents semblent honteux de partager un jeu avec leur enfant, ou de devoir leur parler, ou pire, s'accroupir voir même s’asseoir par terre (!) devant tous les autres parents... La gêne est omniprésente dès que l’interaction entre deux adultes semble pour eux nécessaire. D'ailleurs, je trouve que les  adultes interviennent énormément auprès des enfants, alors que souvent ils n'ont pas besoin de nous. Vous trouver peut-être ma pensée contradictoire : les parents restent loin mais interviennent trop selon moi. Et bien oui, il me semble que notre devoir est de les accompagner, et non pas de les diriger. Être présent et disponible, et n'intervenir que lorsque c'est vraiment nécessaire. Ne pas intervenir, c'est là la plus grande difficulté pour nous, parents. Moi je m'entraîne depuis la naissance de Mininourson :

  • L'allaitement : laisser faire l'enfant, il sait quand et combien il doit téter.
  • La motricité libre : ne pas le mettre dans une position dans laquelle il ne peut pas se mettre seul ( ne pas l'assoir en le calant avec des coussins, ne pas le mettre sur le ventre avant qu'il ne le fasse de lui-même, ne pas le tenir pour pour le faire marcher, le sécuriser sans le toucher lorsqu'il expérimente ses premières escalades,...)
  • La diversification libre et autonome : ne pas lui faire de purée et le laisser porter les aliments à la bouche seul, le laisser choisir ce qu'il mange en lui faisant confiance sur ses capacités à savoir ce dont son corps a besoin,...
  • Et bien d'autres moments dans la vie quotidienne où je ne lui prends pas la main pour lui montrer comment faire, où je ne le pose pas au dessus du toboggan comme une petite poupée, où je ne porte pas jusqu'au tunnel de la bougeothèque pour m'amuser de le voir le traverser,...

 

Mais encore une fois, Mininourson n'a que 14 mois, et j'aurai sûrement à faire face à des nouveaux problèmes qui rendront certainement très difficile l'application de mes pensées.


Et pour finir sur une note agréable (car j'ai avant toute chose passé une super journée) voici quelques bons moments :

  • L’allée, au milieu des vignes, avec mon petit bonhomme sur le dos
  • Regarder Mininourson s'enthousiasmer de chaque animal en pointant son petit doigt avec vigueur tout en interpelant l'inconnu le plus proche ("han !!!")
  • Se perdre en famille dans un labyrinthe
  • Laisser le petit bout cueillir soi-même des groseilles et s'en régaler autant qu'il voulait.
  • Le regarder s'émerveiller de voir les enfants descendre à toute vitesse du grand toboggan
  • Le voir nous suivre de loin sans peur, rassuré et en sécurité
  • Comprendre grâce aux signes qu'il a eu peur du dindon
  • Sentir chaque herbe aromatique avec Papapanda en partageant nos souvenirs d'enfance
  • Rentrer doucement, au milieu des vignes, avec Mininourson endormi profondément dans la poussette.

parc



Voilà tout de même une bien belle journée non ?